Moudiki expose les évolutions du secteur de l’énergie au Cameroun

Adolphe Moudiki :

“Nous améliorons sans cesse le cadre contractuel 
et fiscal du secteur des hydrocarbures”

 

Le Ministre Plénipotentiaire du Cameroun au Conseil des Ministres de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO) et Administrateur-Directeur Général de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) présente la contribution des hydrocarbures au secteur énergétique du Cameroun.


Question :
2018 a été une année importante pour la compagnie pétrolière nationale camerounaise qui s’est vue décerner le Big Five Board Award de la « Meilleure compagnie pétrolière nationale africaine ». Quelles initiatives stratégiques la SNH a-t-elle récemment mises en œuvre pour assurer la revitalisation de l’industrie pétrolière et gazière du Cameroun ?


Adolphe Moudiki :
Les efforts déployés par la SNH pour mettre en œuvre avec pragmatisme des projets innovants et réussis dans un environnement complexe et ainsi, créer de la valeur pour le Cameroun, avec des ressources reconnues relativement limitées, sont entrepris dans le cadre d’un plan stratégique de développement quinquennal élaboré en 2018. Sa priorité est de promouvoir les opportunités existantes en matière d’exploration et de développement et d’attirer davantage de sociétés internationales pétrolières et gazières à la compétence reconnue.

Q : Quel est le niveau d’attractivité du climat d’investissement camerounais pour les acteurs internationaux ? Est-il envisagé de moderniser le code pétrolier et gazier de 1999 pour susciter l’intérêt des entreprises étrangères ?


AM
: Le Cameroun a pu conclure plus de 20 contrats pétroliers et attirer d’importants investissements dans le secteur des hydrocarbures grâce au Code pétrolier de 1999. Il s’agit là, d’une preuve de l’attrait de notre régime pétrolier. Cependant, afin de faire face à la concurrence existante entre les pays pour la promotion de leurs domaines miniers, nous améliorons sans cesse le cadre contractuel et fiscal du secteur des hydrocarbures, comme nous l’avons démontré lors de notre cycle d’octroi de licences en 2018, en donnant notamment plus de flexibilité et en instaurant davantage de mesures incitatives pour soutenir les programmes de travail des compagnies pétrolières et gazières. Cela pourrait donner lieu à la publication d’une version révisée du Code pétrolier dans les mois à venir.

Q : En mars 2018, le Cameroun est officiellement devenu un pionnier du FLNG, grâce à l’usine Hilli Episeyo. Quels sont les avantages économiques des unités flottantes de liquéfaction pour les producteurs africains et peut-on s’attendre à ce que des projets similaires se multiplient sur le continent ?


AM :
Les Unités flottantes de liquéfaction de gaz naturel permettent aux pays avec des ressources gazières marginales, de monétiser économiquement leurs ressources gazières limitées ou non exploitées, grâce à des procédés et des systèmes de liquéfaction novateurs. Les avantages économiques sont de différents ordres : la génération de revenus pour le pays ; la construction d’une infrastructure à l’investissement relativement faible par rapport à d’autres types d’infrastructures, qui auraient été nécessaires pour les usines de GNL onshore conventionnelles par exemple ; la réduction des risques financiers et économiques, car le processus du FLNG est désormais prouvé et viable ; la grande flexibilité offerte aux pays pour le choix des options de monétisation du gaz notamment, la possibilité de rapprocher les unités FLNG des champs en production et la réduction des délais de conception et de mise en œuvre des projets.

La SNH espère que le modèle du Hilli Episeyo, en particulier et le concept du FLNG en général, seront reproduits dans de nombreux autres pays à travers le monde, y compris les pays membres de l’APPO.

Q : Quelle est la politique du Cameroun en matière de contenu local dans son
 industrie pétrolière ?


M :
La politique du Cameroun en matière de contenu local intègre le développement des compétences locales, la promotion et le développement de services ou de structures d’appui ayant des capacités et des compétences suffisantes. Les Codes pétrolier et gazier et la réglementation connexe priorisent le recours aux entreprises locales de services et l’utilisation de produits et matériaux locaux. Par ailleurs, les budgets de formation font partie des engagements pris par les compagnies pétrolières internationales dans leurs contrats pétroliers, pour former des Camerounais et développer l’expertise nationale en dehors de leur personnel. Les accords gaziers prévoient en outre la création de fonds appropriés pour renforcer les capacités des acteurs de développement locaux.

Q : Outre les hydrocarbures, le Cameroun – comme d’autres pays africains – est actif dans le secteur de l’énergie, notamment avec le projet hydroélectrique Nachtigal. Comment la SNH peut-elle participer à la diversification du mix énergétique camerounais ?


AM :
Depuis 2012, la SNH a démontré que le gaz peut contribuer de manière significative au développement du secteur de l’électricité au Cameroun en assurant un approvisionnement continu de la centrale à gaz naturel de 216 MW construite dans la ville côtière de Kribi, la première du Cameroun. Le gaz pourrait représenter entre 20% et 30% du mix énergétique au plan national. La SNH reste fidèle à son ambition de contribuer à la diversification des sources d’alimentation en électricité du pays. C’est ce qui explique certains projets déjà à l’étude, comme ceux visant la mise en place d’une centrale à gaz de 300 MW de Limbe et la conversion au gaz de plusieurs centrales alimentées au diesel ou au fuel.

Q : Quel est le niveau de coopération du Cameroun avec ses voisins riches en pétrole comme la Guinée Équatoriale et le Gabon ? Comment l’APPO peut-elle aider les pays à accroître leur participation dans les activités amont ?


AM :
D’une manière générale, le Cameroun, le Gabon et la Guinée Équatoriale ont une excellente coopération, notamment en tant que pays membres de l’APPO. Plusieurs domaines de coopération sont envisagés dans le cadre du plan d’actions de l’APPO, notamment : le partage d’expériences, l’échange de savoir-faire, la promotion de bonnes pratiques pour la négociation des contrats et la promotion d’études de marchés et de débouchés au niveau régional. Dans le cadre de ce plan d’actions, il est possible d’améliorer les cadres contractuels applicables établis par un pays membre de l’APPO.

Q : Qu’attendez-vous de l’APPO Cape VII en termes de défis à relever et d’accords potentiels à conclure ?


AM :
J’espère que le CAPE VII pourra renforcer la connaissance, par les pays membres de l’APPO, des capacités existantes dans la région Afrique et promouvoir les échanges entre les entreprises et les gouvernements, ainsi que la communication entre les décideurs du secteur. J’attends également du Congrès qu’il présente des opportunités d’affaires ou des projets d’intérêt régional ou sous régional dans le secteur du pétrole et du gaz en Afrique.

Q : Quelles sont les initiatives à encourager par les producteurs africains afin de renforcer leur influence sur les cours mondiaux du pétrole ?

AM : Il ne fait aucun doute qu’un certain nombre d’initiatives peuvent être prises pour renforcer notre influence sur les cours mondiaux du pétrole. Cette tâche a été confiée au Comité de Réforme qui, je l’espère, soumettra un plan d’actions au Conseil des Ministres. Le Cameroun croit en la valeur de la solidarité et je suis certain que la réforme finira par renforcer la solidarité des pays membres de l’APPO dans la préservation de leurs intérêts communs.